Vietnam 1998

Invité par des amis vietnamiens, je découvre et partage la vie d’une famille dans une petite ville du détroit du Mékong: Sadec. Puis, je pars en touriste à la rencontre de quelques hauts lieux du sud du Vietnam. Journal de bord en textes et en
images.

Arrivée à Saigon: Le temps des arnaques

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Arrivée à Saigon: Le temps des arnaques

Jeudi 16 juillet

A l’aéroport Sân Bay Tân So’n Nhâ’t de Ho Chi Minh ville, l’ex-Saigon, les voyageurs subissent un contrôle minutieux des papiers, visas et autres déclarations de douane. Soit les douaniers font traîner les choses parce que rien ne sert de se presser, soit ils vérifient tout avec une conscience et une rigueur qui feraient pâlir de jalousie tout bon suisse. Et rebelotte au contrôle des bagages.

Puis, c’est la sortie, face à la foule de ceux qui viennent accueillir un proche. Je me fais héler par un petit homme jaune vêtu d’une chemise blanche quasi immaculée. Il me fait signe de le suivre. Je ne comprends pas. Ne serais-je pas en règle ? Je me faufile à sa suite à travers la foule compacte dans la fournaise de Saigon. Décontenancé, je monte dans sa berline climatisée presque dernier cri, non sans m’être renseigné au préalable sur le prix de la course auprès du petit homme jaune qui s’est avéré être un chauffeur de taxi ! Il réclame 9 $, négociés sans rechigner à 6 $. C’est le début d’une longue série d’arnaques, d’un faux départ dans mon séjour routard. Entre 16h et la fin de la journée, j’ai réussi à dépenser 50 Frs, soit le salaire moyen d’un Vietnamien. Et sans l’aide des pickpockets !

Le chauffeur doit avoir des actions à l’hôtel Thien Tung. Toujours est-il qu’il refuse, dans son anglais petit nègre, euh petit vietnamien mais ça revient au même, de me conduire au mini-hôtel Kim où l’on dort pour 10 $ : il paraît que c’est peu sûr, peu confortable... Bref, de ce dialogue de sourds ressort que je me laisse tenter par une chambre à 20 $ avec la clim’ mais sans petit déjeuner.

Jusque là, rien de trop scandaleux. C’est alors que je mets le nez dans la fournaise saigonnaise. Un cyclopousse s’arrête. Au moins, ça ne devrait pas être trop cher pour aller changer des travellers-chèques contre des Dôngs. A priori sympa, le « cyclo » : « j’ai de la famille et des amis au Japon, en Australie, en Nouvelle-Zélande... je sais que tu es étudiant, je te ferai un bon sympa ! ». Le gentil Nam, dont la bonne moitié de la mâchoire supérieure est dépourvue de dents, pourra se faire faire un dentier avec les 15'000 Dôngs (un peu plus de 15 Frs.) exigés pour deux heures de promenade ! Avec en sus un coca offert dans un petit troquet donnant sur la rue. Qui m’a aussi arnaqué : certes, j’ai eu droit à une belle assiette de poulet avec une montagne de riz plus deux boissons : 7 Frs ! Par la suite, je me nourrirai en moyenne pour 3 Frs, et sans jamais dépasser les 5 Frs. En tous cas, c’était fort bon. C’était fort... et c’était bon !

Alors, quid de Saigon ? Que de monde ! L’une des villes de la planète avec la plus forte densité de population. Des gens en tous genres. Des femmes, portant chapeau cônique, déambulant avec un double chargement en balance sur l’épaule ; une jeunesse débridée pétaradant à deux, trois ou plus sur des scooters ; des mendiants, des blessés de guerre affreusement mutilés qui harcèlent les touristes à la sortie des bureaux de change ; des cyclistes aussi dans cette ville où la petite reine est grande, qui se faufilent on ne sait comment entre les scooters et les quelques voitures, taxis, minibus et camions. Le flot de la circulation est monstrueux. Au milieu des carrefours, dans mon cyclopousse, je prends peur. Sans raison : Nam est calculateur : pour les distances de freinage, comme pour le portemonnaie.