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13 janvier 2002

Il est trois heures du matin lorsque je débarque à l’aéroport de Delhi. Trois heures du matin, et déjà beaucoup d’animation dans la capitale indienne, même un dimanche. Mon taxi parcourt les artères à pleine vitesse. Déboule à Connaught square, la place centrale. Puis à gauche, et encore à gauche. Stop. Nous sommes devant la gare de New Delhi. Le chauffeur me la désigne : « Il n’y a que des Indiens, ça peut être dangereux pour toi, d’autant que tu ne connais pas le pays. Viens, je vais te conduire à un hôtel, où tu payera vingt dollars la nuit, tout près d’un bureau de réservation où tu iras lorsque le jour sera levé. » La gare de Delhi, il est vrai, présente un aspect déroutant pour le voyageur qui découvre l’Inde, avec ses formes humaines, drapées dans une couverture à même le sol. Quelques uns sont debout, fumant une cigarette pour passer le temps. Attendent-ils un train ? Ou est-ce le geste routinier de leur quotidien ? Les guides de voyage font référence à la salle d’attente où l’on peut dormir en sécurité. Mais non, je ne sortirai pas du taxi pour me lancer à la découverte du monde indien en pleine nuit. L’hôtel coûte finalement trente dollars. Je cède. Le chauffeur de taxi a décidé de me conduire où bon lui semble (et surtout là où il touche des commissions), et ce n’est pas à ces heures indécentes que je vais parvenir à le faire changer de politique. Mais dans quelques heures, c’est décidé, j’affronte le monde indien.

***
Un pâle soleil transperce le rideau de ma chambre d’hôtel. Il est 7 heures. New Delhi commence à se réveiller sérieusement sous un ciel blafard, de smog et de poussière. Je descend à la réception avec l’intention de demander le chemin du fameux bureau de réservation. Le réceptionniste prend son téléphone. Et arrivée dans la minute qui suit du représentant d’une agence de voyage. Je le laisse me déblatérer ses balivernes. Quatorze jours en voiture autour du Radjastan, ou alors juste Agra et Jaipur, ou encore Agra seul. « Vous gagnez du temps, presque sans perdre d’argent ». Je cède. J’irai jusqu’à Jaipur avec un chauffeur. Et après, je prendrai le train. Quitte à ne pas voir tous les lieux que j’avais prévu de visiter. C’est alors qu’arrive comme le messie (pour l’agence de voyage), une cliente turque, parfaitement germanophone, qui suit une école à Delhi, et qui a profité durant trois semaines des services d’un chauffeur. Elle confirme, pratiquement mot pour mot, les dires du patron de l’agence. « En train, on perd beaucoup de temps pour les réservations… ». Ça, effectivement, je l’avais déjà entendu ailleurs. Mais cette arrivée subite est tout de même un peu suspecte… cette fille est peut-être de mèche avec l’agence. Je ne trouve pas la faille, et signe le contrat.

Mon chauffeur de dix jours doit d’abord faire ses valises. La petite voiture de la marque indienne Tata s’élance vite dans les bas quartiers de Delhi. Des nids de poule plein les rues. Et une population miséreuse, qui vit de blanchissage et de petit commerce. Ici et là passe un jeune bien vêtu, de retour des études sans doute, ou des femmes élégantes et dignes dans leur sari aux couleurs flamboyantes. Le reste n’est que loques et torchis. Les chiens fouillent les sacs en plastique vide, tandis que les vaches ruminent quelques branchages.