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29 mars
On m'avait dit qu'il pleuvait tout le temps à Punta Arenas. Pas aujourd'hui. Le ciel est marbré de bleu et de gris lorsque atterrit le Boeing de la Lan Chile, après un voyage de 30 heures. Survolé ce pays immense de 4000 km de long. Ses terres arides du Nord, ses lacs bleus du centre, ses sommets et ses volcans recouverts d'un chapeau blanc. Et enfin, Punta Arenas. Le bout du bout du monde, la ville la plus méridionale d'Amérique du Sud. Un minibus mène les voyageurs de l'aéroport au centre ville. Ici, pas d'arnaque déplacée à l'endroit des touristes. 2500 peso, pas un de plus. Et un service porte à porte jusqu'à l'auberge. Le terrain est aride, balayé par les vents violents de Patagonie. A droite de la route, des champs, broutés par des vaches et des guanacos, cousins des lamas, vivant au Sud du Chili. Sur la gauche, un remblais, puis le détroit de Magellan. La ville de Punta Arenas commence imperceptiblement par quelques maisonnettes frêles, plantées au bord de la route. On dirait des maisons scandinaves, mais avec la fragilité du préfabriqué américain. Au moindre coup de vent, elles devraient s'écrouler. Et pourtant, Dieu sait si elles ont dû en essuyer des tempêtes. L'hostal Independencia, c'est un peu San Francisco. Vous savez, cette maison bleue accrochée à la colline, dont les occupants ont jeté la clé. A la porte de ma chambre, il n'y a même plus de serrure, provisoirement. Eduardo, le patron, est en train de réparer. Pendant que ses amis, aventuriers, un peu rasta, regardent la télé sur les vieux fauteuils déchirés du coin salon. En compagnie d'une anglaise, voisine de pallier, je descends en ville. Descendre, c'est le mot. La large avenue Independencia plonge vers la mer. Des rues tracées à l'équerre. En prenant sur la gauche la rue Bories, nous arrivons à la Plaza de Armas, la place centrale, ornée d'un monument à Magellan. Une place qui n'a pas changé depuis plus d'un siècle, avec ses zones de verdure, ses bancs où se bécotent des amoureux lorsque le climat le permet, et ses allées pavées. Je descends vers le canal. Il est 18h. Et le ciel prend maintenant toutes les nuances du gris et du bleu. Les nuages bas filtrent les rayons du soleil qui viennent doucement frapper le mythique plan d'eau. Au loin, un bateau attend sa cargaison. Il est très loin le temps où Punta Arenas figurait parmi les ports qui comptent. Depuis qu'a été construit le canal de Panama, peu de bateaux s'y arrêtent. En me retournant, j'aperçois une maison ornée de peintures en trompe-l'oeil, qui ouvre une rue bleue, jaune et verte.
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